« 11 mai 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 179-180], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4857, page consultée le 06 mai 2026.
11 mai [1848], jeudi matin, 7 h.
Bonjour, mon petit bien-aimé, bonjour mon doux adoré, bonjour. Comment vas-tu ce matin ? Moi je vais t’aimant et attendant deux heures moins un quart avec impatience. J’espère que tu ne seras pas assez injuste pour me renvoyer tout de suite après chez moi. Il suffit que tu m’indiques l’endroit où je pourrai t’attendre en me disant à une demi-heurea près le moment. Cela me paraît très facile. Je ne vois pas ce qui pourrait l’empêcher aujourd’hui plus que les jours précédents ? Nous parlerons de cela à fond tantôt. D’ici là, je vais bien penser à toi, mon bon petit homme, bien t’aimer et bien te désirer. Je voudrais que tu sois déjà revenu de cette triste cérémonie1. Il est probable que tu seras obligé de parler car très certainement on t’en priera. Si quelque chose peut consoler ceux qui étaient attachésb en ce monde à ces pauvres victimes, c’est certainement ta parole sublime et je comprends que dans ce désastre inattenduc on ait désiré ta présence aimée pour calmer, pour consoler et pour tranquilliser tous ces malheureux gens.
Va donc, mon aimé béni, et pense à moi.
Juliette
1 À élucider.
a « demie heure ».
b « attacher ».
c « inatendu ».
« 11 mai 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 181-182], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4857, page consultée le 06 mai 2026.
11 mai [1848], jeudi midi
Plus l’heure avance et plus je suis impatiente. Je voudrais pousser les minutes des
bras et des genoux pour les faire arriver plus tôt à notre rendez-vous. J’espère que tu ne seras pas trop fatigué et que toute cette
pénible cérémonie se sera passée avec le recueillement calme et résigné qui convient
à
des malheurs qu’aucune prévision humaine ne pouvait empêcher ? Je voudrais déjà
t’avoir vu pour être bien sûre qu’il ne t’est rien arrivé. Dans ce moment d’inquiétude
et d’irascibilitéa populaire
on n’est jamais tranquille. Tout peut devenir un prétexte à violence et à trouble.
Aussi je ne serai rassurée que lorsque je t’aurai vu et que je saurai que tout s’est
passé pieusement et dignement. Merci, mon Victor adoré, merci d’avoir songé à abréger
mes heures d’inquiétude en me faisant aller au devant de toi plus tôt que d’habitude.
Je voudrais déjà y être.
MmeLuthereau est repartie ce matin à 7 h.,
elle m’a écrit un petit mot dans lequel elle me charge de tous ses respectueux
compliments pour toi. J’espère que la pauvre femme trouvera son mari moins malade
qu’elle ne l’a laissé. Je le désire pour lui et surtout pour elle dont il est l’unique
appui.
Mon Victor, je baise tes mains et tes pieds. Je t’adore.
Juliette
a « irrascibilité ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
